SCOLAIRE – Les élèves de 6ème A de l’an dernier du collège de Punaauia viennent de décrocher le premier prix d’un concours littéraire. Leur récit sur la préservation de la mer par des enfants, est à découvrir ci-dessous.

Ils décrochent le premier prix ! Les élèves de la classe de 6eme 4 Aire Marine Éducative de l’année dernière viennent de remporter le concours d’écriture lancé par l’association « Lire en Polynésie » en partenariat avec la DGEE et le CRIOBE.

C’est dans la catégorie – Cycle3 – Légendes et mythologie, qu’ils se sont illustrés. Ces élèves, qui participent au projet d’Aire Marine Educative de Punaauia (en co-gestion avec les élèves de l’école 2+2=4) ont opté pour un récit évoquant la mer. Si le thème a fait l’unanimité, la trame de l’histoire, elle, a nécessité la mise en place de débats et d’un vote démocratique.

La majorité a finalement tranché en faveur d’un récit évoquant les aventures d’un groupe d’enfants mettant tout en œuvre pour aider Ruahatu, Dieu de la mer, à sauver le monde marin. Un récit aussi entrainant que bouleversant, écrit et illustré par les 20 élèves, accompagnés de leurs professeurs de français, d’histoire-géo et d’arts plastiques.

E TAMA VAU NO TE MOANA

Notre histoire se passe dans la commune de l’Orange. Les vacances de septembre approchent à grand pas. C’est l’occasion pour Terii et Maui, deux jeunes de la commune de faire un peu de boogie dans leur endroit favori situé en face du quartier Nordhoff. Le plus grand, Terii, a 11 ans et est en sixième au collège de Punaauia. Le plus jeune, Maui, a 10 ans et est en CM2 Meho à l’école 2+2=4. Si leurs deux classes sont engagées dans le même projet d’Aire Marine Educative, les deux amis se connaissent depuis leur plus tendre enfance et partagent le goût des sports nautiques. Ce matin là, ils avaient décidé de se lancer dans un concours de celui qui prendrait la plus grosse vague. Ils étaient tout excités par le défi qu’ils s’étaient lancé. Voyant une opportunité se présenter, tous deux se précipitèrent pour la prendre mais ce fut un échec cuisant et ils finirent par plonger pour éviter de la recevoir de plein fouet.
Durant cette courte plongée, une chose étrange se produisit. Les deux amis remontèrent à la surface et se tournèrent l’un vers l’autre, surpris : « Tu as dit quoi ? demanda Terii, perplexe -Mais de quoi tu parles ? S’étonna Maui, les yeux écarquillés. -Ha ha, très drôle ! S’esclaffa Terii. Sérieusement, que m’as tu dit ? -Mais je t’assure, se défendit Maui, que je n’ai rien dit. -J’ai entendu clairement « Au secours, sauvez-nous ! » » Maui était aussi surpris que son ami. Ils regardèrent autour d’eux pour savoir d’où pouvait provenir cette voix étrange. Mais ils constatèrent bien vite qu’il n’y avait pas âme qui vive aux alentours. D’ailleurs, l’atmosphère était très lourde: le silence était total hormis le bruit des vagues. Les deux amis retournèrent sur la plage un peu sonnés et décidèrent d’un commun accord de ne plus aborder le sujet : c’était leur secret, un secret lourd à porter….. Le jour de la rentrée, n’y tenant plus, Terii raconta à Hinavai, la cousine de Maui, qui était dans la même classe que lui, ce qui s’était passé ce jour là. Cette dernière, qui avait un esprit très cartésien ne le crut pas un instant. Maui, de son côté, en fit de même avec Mahana, la petite sœur de Terii à qui celui-ci n’avait rien voulu confier de peur qu’elle ne dévoile tout à leurs parents. Celle-ci crut d’abord à une blague et éclata de rire mais le jeune garçon resta de marbre si bien qu’au bout de quelques secondes, son rire s’estompa. Cette semaine là, les professeurs leur annoncèrent que les deux classes allaient se rencontrer pour une plongée sur la zone de l’A.M.E. Ce serait la première fois et tous les élèves étaient très excités à l’idée de découvrir la biodiversité de leur lagon.
Arrivés sur place, ils découvrirent, surpris et déçus, que les lieux étaient souillés de déchets allant des mégots de cigarette aux pneus usagés en passant par des sacs et des bouteilles en plastique. Un peu dégoûtés, ils entrèrent dans l’eau et la découverte de la zone commença. Ils purent apprécier, émerveillés, les poissons et coraux aux multiples couleurs qui peuplaient l’endroit. Quand tout d’un coup : « Au secours, sauvez-nous ! ». La même voix. Les quatre amis, surpris et un peu effrayés, remontèrent à la surface en quatrième vitesse. Ils se regardèrent ébahis et Hinavai murmura : « Je l’ai entendue…. -Nous l’avons tous entendue, confirma Mahana. » Leur hébétude fut de courte durée car ils sentirent un mouvement autour d’eux et Terii sentit même un petit picotement sur la jambe. Il sursauta et émit un petit cri aigu : « Quelque chose m’a mordu ! Se plaignit-il -Bon ça va, ce n’est pas non plus Les dents de la mer, tu vas survivre, se moqua Hinavai. » Tous s’esclaffèrent mais Terii leur proposa de replonger. Il voulait avoir le fin mot de l’histoire.
Une fois sous l’eau, la voix se fit entendre de nouveau mais elle n’était plus seule. Le message se précisa et les amis se rendirent compte qu’un magnifique poisson perroquet aux nuances émeraude et saphir se tenait devant eux et les fixait de son regard perçant. Ils s’immobilisèrent et écoutèrent. A leur grande surprise, ils comprenaient tous les quatre ce que disait le poisson : « Ecoutez-moi bien, le message que j’ai à vous délivrer est de la plus haute importance. Je suis le messager de Ruahatu, dieu de la Mer, qui m’a envoyé pour vous prévenir de la catastrophe qui s’abat sur l’océan. La main de l’Homme détruit notre lagon et tout ce qui se trouve au-delà du récif. Vous avez été choisis pour accomplir une mission : celle de protéger le milieu marin, c’est pourquoi vous pouvez respirer sous l’eau, me comprendre mais surtout me répondre. » Hinavai, en bonne cartésienne voulut vérifier les dires du poisson perroquet et décida de lui poser une question : « Pourquoi nous ? » La réponse du poisson ne se fit pas attendre : « Ruahatu, qui a le pouvoir de lire dans les cœurs, a vu chez vous un amour pur et sincère pour l’Océan. Il a entendu vos cœurs murmurer E TAMA VAU NO TE MOANA. Cela fut suffisant. Son choix était fait. Ce serait vous. Êtes-vous prêts à relever le défi ? » Ils répondirent en chœur : « OUI !!! » Tous les quatre rentrèrent chez eux enthousiastes et déterminés à mener à bien leur mission. Ils décidèrent de garder leur secret pour l’instant et se donnèrent rendez-vous le lendemain, samedi, au même endroit, pour discuter davantage avec le messager du dieu Ruahatu sans oreilles indiscrètes. Ils constatèrent en plongeant qu’ils pouvaient véritablement entendre et comprendre ce que disaient les animaux marins. Les tortues se plaignaient des filets de pêche lancés par des pêcheurs inconscients, les coraux se lamentaient eux aussi et la liste des doléances était longue. Le réchauffement climatique faisait fuir la zooxanthelle et sans elle, c’était la mort assurée. Les déchets jetés dans la mer de manière irresponsable par l’Homme empêchaient les coraux de recevoir correctement la lumière du soleil. L’utilisation de crème solaire et les personnes marchant sur les coraux signaient leur arrêt de mort. Une fois sortis de l’eau, ils s’affalèrent sur le rivage, abattus par tout ce qu’ils venaient d’entendre et tout ce qui restait à faire. Ils se sentaient tristes de ce que tous les animaux marins devaient subir à cause des êtres humains. Ils se sentaient coupables mais aussi en colère. Pour détendre l’atmosphère, Maui, qui était le farceur du groupe, décida de faire une blague avec ses plus belles grimaces, mais hélas, rien n’y fit ! Les amis lui en furent reconnaissants mais cela ne suffit pas à les dérider. La tâche à accomplir était co-lo-sale ! C’était TROP sur les épaules de si jeunes enfants ! Tout à coup, l’ampoule s’alluma au dessus de la tête de Mahana et elle se redressa brusquement, les yeux écarquillés : « Euréka !!!!! S’exclama t’elle. Notre papi en connaît un rayon sur l’océan, peut-être qu’il pourrait nous aider à y voir plus clair….. » Terii et Maui trouvèrent que c’était une excellente idée mais Hinavai émit des réserves, après tout, il s’agissait d’un secret. Après une bonne demi heure de discussion, elle se laissa convaincre par les arguments de ses amis et tous les quatre se dirigèrent vers la maison de papi Tihoti, située à la Pointe des Pêcheurs, en passant par la plage, jonchée de déchets….
Arrivés sur place, ils trouvèrent le vieil homme dans sa cuisine, penché au-dessus du four en train de cuire des crêpes à la banane. Maui, affamé, tout de suite alléché par l’odeur délicieuse tint à peu près ce langage à toute l’assemblée : « Aaaaaahhhh !!! Je savais que papi Tihoti allait nous fournir la solution à tous nos problèmes !!!! Le premier de tous : J’AI FAIM !!!!! » Tout le monde éclata de rire, papi en premier. Quand tout le monde fut rassasié, Mahana se jeta à l’eau : « Papi, nous sommes venus pour te demander ton aide. » Elle fit une pause car ce n’était pas facile à dire. Les mots ne voulaient pas sortir mais papi afficha une mine inquiète, alors la petite fille lui résuma la situation. Elle termina en ces termes : « Nous n’y arriverons pas sans ton aide, s’il te plaît, dis oui ! Les enfants attendaient sa réponse avec impatience tandis que la surprise et bien d’autres émotions défilaient dans son regard. Enfin, il prit la parole : « Mes enfants…..puis il fit une pause, (Silence total) moi aussi, j’ai quelque chose à vous avouer. Il y a 50 ans, j’ai vécu exactement la même chose que vous ! Je pensais que votre père allait le vivre aussi mais ce ne fut pas le cas. Je suis heureux d’avoir vécu assez longtemps pour voir que vous aussi vous avez reçu cette importante mission. » Les quatre amis en furent à la fois soulagés et étonnés. Ils avaient besoin d’être guidés : « Papi, à ton avis, que pourrions-nous faire pour sauver le milieu marin ? S’empressa Terii. -Si j’étais vous, je commencerais par le nettoyage des plages et j’insisterais sur la prévention et la sensibilisation d’abord des enfants de votre âge car les enfants d’aujourd’hui sont les citoyens de demain. -Tu veux dire comme des exposés dans les écoles, des panneaux d’information à la mairie ou des T-shirt de l’A.M.E ? demanda Hinavai. Maui rebondit en rajoutant : -On pourrait aussi créer des pancartes que nous mettrions en bord de mer et qui indiquent aux gens les produits nuisibles à l’environnement marin, comme certaines crèmes solaires ou les déchets jetés dans l’océan. -Nous sommes tous dans des classes A.M.E, nous pourrions donc mettre en place ces projets avec nos professeurs, conclut Mahana. Papi Tihoti était fier de tout cet enthousiasme, son visage était rayonnant : -Bravo, vous n’aviez pas vraiment besoin de moi. -Bien sûr que si papi, grâce à toi, on a eu le meilleur goûter du monde ! » Après encore une heure de rires et de discussion, les 4 amis s’en retournèrent chez eux, ravis et plus décidés que jamais à accomplir leur mission. De retour à l’école, et au collège, ils firent part de leurs idées à leurs enseignantes et à leurs camarades, sans toutefois trahir « Le Secret ». Tous furent très enthousiastes et il fut décidé d’organiser plusieurs ramassages de déchets sur différentes plages de la commune, de préparer des « Power Point » sur l’A.M.E, la mangrove, la vie des coraux, la biodiversité marine et la ciguatera. Ces présentations seraient faites à la mairie lors de la semaine des écoles ou encore d’évènements organisés par le pôle de développement durable de la ville. Certains proposèrent même la fabrication de T-shirts estampillés d’un LOGO A.M.E pensé et réalisé par les deux classes en co-gestion. Cette aventure serait l’occasion d’un concours entre camarades du collège et de primaire. Enfin, d’autres émirent l’idée de vendre des gourdes à l’effigie de l’A.M.E pour lutter contre l’utilisation abusive de bouteilles en plastique.
Durant les trois périodes suivantes, d’octobre à mars, nos petits gestionnaires virent leurs projets se réaliser au delà de leurs espérances. Désormais, le T-shirt bleu retraçant les contours de l’A.M.E était porté par un bon nombre de citoyens de la commune de l’Orange, fiers de véhiculer un message d’espoir pour leur lagon. Tout le monde avait compris que si des jeunes de 10 ou 11 ans pouvaient nettoyer les plages, les adultes pouvaient aussi le faire. Les différentes opérations de ramassage de déchets avaient ému la population. De nombreux élèves de la commune, des personnalités de la mairie et du territoire avaient pu bénéficier des présentations préparées par les deux classes A.M.E. Beaucoup furent touchés par tant de beauté menacée et saluèrent le travail accompli par les « enfants de la mer ». Le slogan « E tama vau no te moana » resterait encore longtemps dans les esprits. Terii et ses amis avaient largement accompli leur mission. L’année scolaire touchait à sa fin et les deux classes qui étaient engagées dans le projet se retrouvèrent à 2+2=4 pour la remise du label Aire Marine Educative. La cérémonie s’ouvrit sur un chant en l’honneur de l’océan et lorsque les derniers accords de Moana de Manahune s’estompèrent, le maire prit la parole pour féliciter tous les élèves de leur implication et de leur enthousiasme dans la protection de leur environnement marin. Tous avaient appris à « Connaître », « Vivre » et « Transmettre » la Mer. La cérémonie prit fin dans la joie et la bonne humeur, les collégiens rapportèrent dans leur établissement le drapeau de l’A.M.E, symbole de tout leur travail. Les quatre amis quant à eux voulurent retourner sur place pour parler au messager de Ruahatu et partager la bonne nouvelle avec lui et avec tous les autres habitants de la zone. Une fois dans l’eau, ils cherchèrent le petit perroquet, mais ne le virent pas. À la place, vint un perroquet bien plus majestueux, coloré et étincelant qui leur tint à peu près ce discours : « Mes chers enfants, je sais que vous cherchez mon fidèle messager mais aujourd’hui, je viens à vous directement pour vous faire part de ma fierté. Vous avez admirablement bien accompli votre mission ». Les quatre inséparables restèrent bouche bée puis Maui, en bon fanfaron tenta un : « Sinon, euh…..Votre Majesté…..ce serait pas possible de garder les super pouvoirs, par hasard ? » Ruahatu éclata d’un rire chaleureux qui constituait à lui seul une réponse négative. « Je sais que vous êtes un peu déçus de n’avoir pu faire plus mais je vous assure que c’est déjà beaucoup. Si chaque année voit venir à l’océan des enfants tels que vous, notre avenir est assuré. » C’est ainsi que se termine notre histoire, peut-être vous êtes-vous reconnus dans ces quatre enfants au cœur pur qui chantait E tama vau no te Moana.

Ce récit est dédié à
 
M. Olivier LEAU, Principal adjoint et Pilier du développement durable Au collège de PUNAAUIA De 2016 à 2020
 
Tous les élèves De la circonscription pédagogique 8 De Punaauia-Moorea-Maiao
 
Mais aussi tous les élèves et jeunes Du Fenua qui sont les citoyens de Demain Les Éco Citoyens d’Aujourd’hui Et qui ont à cœur de Connaître Vivre et Transmettre La Mer
 
Et parce que l’engagement
N’est pas un vain mot,
Qu’il n’a pas d’âge

 

LISTE DES AUTEURS Les élèves de la 6ème 4 –Aire Marine Éducative du collège de Punaauia CIMPER—DYBMAN Roxana, CLARK Keanoavai, EBB Waren, GASBARRE Hevaiki, HOLMAN Travis, HIRO Heitini, LAYRLE Moevai, LOZAC’H Siloé, MARO Terai, PAPAURA Vaikihei, PATIAHIA Teahi, PESENTI Lylou, POU Tiaroa, RURUA Tricya, TERIIORAI Uratua, TINIRAU Ragikura, TISSIOU Mihivai(mataarii), TOKORAGI Terence, TUATA-TAURAA Raiura, VIVI Tetahuga
LISTE DES ILLUSTRATEURS CLARK Keanoavai, GASBARRE Hevaiki, LAYRLE Moevai, LOZAC’H Siloé, PAPAURA Vaikihei, PESENTI Lylou, TOKORAGI Terence
PROFESSEURS PARTICIPANT AU PROJET Mme Teaviu TEHEIURA (français) Mme Moea LECHAT (Arts Plastiques) Mme Axelle MOURRIERAS-GRAND (S.V.T)