PORTRAIT - À l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, nous vous présentons chaque jour de la semaine une femme de Punaauia au parcours engagé et inspirant. Rencontre aujourd’hui avec Yasmina Teataoterani épouse Iotua, la première femme pasteur à officier à Punaauia.

C’est aux Australes, sur l’île de Raivavae qu’a grandi Yasmina. Fille d’un père diacre et d’une mère évangéliste, elle baigne depuis sa naissance dans la religion. Avec nostalgie elle se souvient de son enfance passée entre les cultes, l’école du dimanche et les études bibliques où, à l’époque, elle allait « un peu à reculons ».

Yasmina ne se destinait pas à faire carrière au sein de l’Eglise, jusqu’à ce que Dieu l’appelle. A l’époque, elle a 17 ans et vient d’arriver à Tahiti pour étudier au lycée de Papara. Un dimanche, elle s’éternise chez sa sœur à To’ata et rate le bus qui devait la reconduire au lycée. La voilà obligée de prendre le prochain, à 3 heures du matin. Peu habituée à marcher de nuit dans les rues de Papeete, la jeune îlienne craint pour sa vie et, pendant le trajet, prie Dieu de la protéger. Une fois arrivée saine et sauve, elle s’engage à dédier sa vie à servir le seigneur.

Immédiatement, elle appelle son père pour lui annoncer la nouvelle, mais celui-ci, sous le choc, lui demande de bien y réfléchir. Quelques mois plus tard, lorsqu’elle rentre chez elle pour les vacances de juillet, la jeune femme n’a toujours pas changé d’avis.

Elle se forme alors une première année auprès de son père, à Raivavae, où elle devient monitrice de l’école du dimanche et s’implique au sein de l’Union Chrétienne des Jeunes Gens (UCJG). Suivront cinq ans d’études qui la confortent dans sa vocation.

A sa sortie de l’école pastorale, elle est mutée en tant qu’élève pasteur à Taha’a pour y gérer deux paroisses. C’est là qu’elle rencontre le pasteur Rahiti, qui changera à jamais sa vision du prêche. « On nous avait appris à prêcher à l’école bien sûr, mais c’est lui qui m’a appris à mieux prêcher. Il m’a beaucoup aidé à m’adresser aux paroissiens pour faire comprendre la parole de Dieu. »

Deux ans plus tard, sous l’œil ému de ses parents, Yasmina est officiellement consacrée pasteur. « C’est un jour très spécial de ma vie. Certaines personnes avaient dit que je n’y arriverais pas et j’y étais arrivée. J’étais vraiment fière ! » 

Elle restera à Taha’a jusqu’en août 2019, date à laquelle le synode l’appelle et lui demande de faire ses valises direction… Punaauia ! Un défi immense pour la jeune femme. « J’ai eu peur à l’idée de gérer une aussi grande paroisse. Il n’y avait eu que des hommes avant moi... et je savais que les paroissiens attendaient beaucoup. » Mais elle relève le challenge sans hésiter et, à seulement 29 ans, devient la première femme pasteur de Punaauia.

Depuis, une brise de féminité et de jeunesse souffle sur la paroisse du PK14, au sein de laquelle elle officie avec enthousiasme et ténacité.

 « Je chante et je propose des animations aux paroissiens avant ma prédication. C’est quelque chose de nouveau, dont ils n’avaient pas l’habitude, mais ça sert à capter l’attention et je pense que les gens aiment bien ça ! Tous les dimanches il y a du monde. »

La première préoccupation de Yasmina est de ramener les jeunes à l’église. « Il faut remotiver la jeunesse. Il y a trop de délinquance, trop de parents qui baissent les bras, qui sont désemparés. Je veux travailler à ressouder les liens familiaux et montrer l’importance du respect, envers autrui et surtout envers ses ainés. »

Dès la semaine prochaine, Yasmina relancera l’étude biblique, qui avait disparu à Punaauia depuis de nombreuses années. Elle réunira également le comité des jeunes, en sommeil depuis la crise sanitaire, pour mettre en place des veillées dansantes, des activités sportives et une foule d’autres projets pour remettre le respect et l’altruisme au goût du jour !

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