Dans quelques jours, la Ville de PUNAAUIA sera en fête pour célébrer la cueillette des oranges, et plus particulièrement ses vaillants porteurs. Chaque année, nos « AITO » répondent à l’appel du TĀMANU. La montée aux plateaux de la vallée de PUNARU’U pour la cueillette des oranges est une tradition qui se transmet de génération en génération. Découvrons ensemble comment ses femmes et ses hommes arpentent les silhouettes du TĀMANU pour que chacun puisse apprécier nos belles oranges une fois l’an.

L’accès aux plateaux

L’accès aux plateaux de la vallée de PUNARU’U ne peut se faire qu’à pieds. Aucun équipement sophistiqué, aucun véhicule, ni aucun équidé pour vous aider à gravir les pentes sinueuses du TĀMANU. La montée se fait uniquement à la force de vos jambes. Une réelle épreuve physique en soit pour tous les porteurs d’oranges de PUNAAUIA. Lors de la rude montée au premier plateau qui conduit au gîte, ainsi qu'à ceux abritant les précieuses oranges, l’attention doit être à son maximum si l’on ne veut point terminer son parcours dans le ravin.

 

Avant la cueillette
Une semaine avant le lancement officiel de la cueillette des oranges, les membres de L’Association pour la Protection de la Vallée de la PUNARU’U se mobilisent pour préparer les sentiers qui permettront à chacun de pouvoir accéder aux plateaux. Tous préparent leur sac à dos garni de quelques provisions et vêtements, enfilent leurs « chaussures plastiques » (sandales en plastique) permettant une meilleure adhérence au sol, et s’arment de leur précieux « coupe-coupe » (machette) afin de tracer le sentier qui sera emprunté par tous les porteurs d’oranges. La première montée conduit au « pūhapa » (campement) à partir duquel les porteurs d’oranges entameront leur cueillette. Il est important de souligner que tout au long de l’année, les membres de l’Association pour la Protection de la Vallée de la PUNARU’U restent actifs pour la préservation de la vallée et de ses plateaux.

 

La cueillette

Enfin, la date tant attendue est arrivée. Accompagnés des élus de la Ville de PUNAAUIA, de leur famille respective, ainsi que de ceux et celles venus les encourager, les porteurs d’oranges se retrouvent à l’entrée de la zone industrielle de PUNARU’U pour une prière de bénédiction et un rituel avant de s’engouffrer dans la vallée.

 « Après avoir traversé le plateau de TĀMANU, situé à 600 mètres d’altitude, il faut redescendre au fond du magnifique cirque rocheux dominé par les monts MARAU, AORAI, OROHENA, TAHITI et la crête du Diadème. Après une halte au Fare Anani, le refuge des porteurs d’oranges, c’est à nouveau une difficile montée le long d’une crête rocheuse [1]» pour arriver à une altitude à plus de 800 mètres, et atteindre le plateau de RATA (ou TE RATA). D’autres plateaux tels que celui de MARAETI’A, de PUHARURU, ou encore du FATARA’A POTI’I PATA’AROA sont arpentés par les porteurs d’oranges.

La cueillette n’est point de tout repos. Aucune échelle n’est disponible pour accéder aux plus beaux fruits qui, le plus souvent, sont accrochés aux plus hautes branches des orangers. Il faut être un bon grimpeur, s’accrocher délicatement aux branchages pour atteindre ces oranges tant convoitées. Chacun sa méthode pour cueillir : certains les récolteront à la main, tandis que d’autres se fabriqueront un petit « ROU » (gaule ou perche) sur place avec ce que la nature leur donnera.

Après de longues heures de cueillette, chargés des plus belles oranges, les « AITO » de la vallée de PUNARU’U rejoignent le campement avec toujours autant d’attention.

 

La descente

La préparation à la descente débute par le conditionnement des oranges. Rassemblée dans des « TOTO » (filets tressés), ou bien positionnées dans des sacs, les glanes d’oranges obtenues sont placées en équilibre à chaque extrémité d’un bambou qui sera porté sur le haut de l’épaule par les porteurs. Aucune charge n’est imposée. Celle-ci dépendra de ce que chacun pourra supporter.

Fin prêts, les porteurs d’oranges entament, les uns derrière les autres, une longue et dangereuse descente où l’effort musculaire est beaucoup plus important au vu des charges à transporter. Il faut être encore plus prudent car le risque d’une glissade ou d’une chute dans le ravin guette à chaque pas. Chacun s’accroche comme il peut aux rochers, aux branches, en veillant à ne pas se faire emporter par du feuillage mouillé. Dans les pentes abruptes, situées en raz de falaises, il est conseillé de porter son bambou de « TOTO » sur son épaule orientée vers le précipice. Ainsi, en cas de faux mouvement, ou de pieds mal positionnés, les oranges sont lâchées dans le ravin, évitant ainsi aux porteurs la chute fatale. Arrivé dans la basse vallée, il ne faut surtout pas se relâcher car il y a encore les rivières à traverser et surtout les pierres glissantes à éviter.

La satisfaction est pleine dès lors où les porteurs d’oranges arrivent enfin, avec leur précieuse récolte, sur l’esplanade où ils sont attendus par tous. Ils sont alors fièrement accueillis avec tant d’admiration, car oui, du mérite ils en ont.

La marque unique des porteurs d’oranges

Les porteurs d’oranges de PUNARU’U, du moins les aînés, sont reconnaissables par leur petite bosse qui, au fil du temps se forme sous leur nuque sous le poids de leur charge. Une petite bosse qui prouve à quel point le parcours est rude, et qui surtout indique l’expérience et la force de ces derniers.

 

Symboles de la Ville de PUNAAUIA, les oranges de TĀMANU reflètent la beauté de nos vallées, mais surtout le courage de nos porteurs d’oranges qui, chaque année, bravent les hauts-plateaux de PUNARU’U pour nous permettent d’apprécier ces fruits tant attendus.

La cueillette des oranges de TĀMANU, est une tradition qui continue à être perpétuée grâce à la transmission du savoir intergénérationnelle, mais aussi, grâce à tous ceux et celles (élus, associations et passionnés) qui œuvrent pour la protection de notre patrimoine.

 


[1] Tahiti Héritage

Illustrations: 

Tableau des porteurs d'oranges © Ville de PUNAAUIA

La vallée de PUNARU'U et le plateau de TĀMANU  © Archives communales de la Ville de PUNAAUIA

La bosse du porteur d'oranges TAEA Louis, © Takurua PARENT, Coll. Ville de PUNAAUIA