Vestiges de la guerre franco-tahitienne (1844-1846), les fortins de PUNARU’U sont les témoins des affrontements qui ont opposés les insurgés tahitiens et les militaires français à PUNAAUIA lors de la tentative d’instauration du protectorat français à Tahiti.

 

Histoire : De la tentative de protectorat à la guerre franco-tahitienne

Le 9 septembre 1842, après accord de la reine POMARE, l’amiral Dupetit-Thouars établit le Protectorat de la France sur les Îles du Vent. En 1943, « suite à un incident qui porte atteinte à sa souveraineté (l’affaire du pavillon), à l’annexion de Tahiti par Dupetit-Thouars le 6 novembre de la même année (…) et à la confiscation de ses terres [1]», la reine dénonce le traité et se rétracte. Alors que de nombreuses terres sont aliénées, les chefs apparentés à la reine se révoltent contre les français.

En 1844, la guerre entre les partisans de la reine et les troupes françaises est officiellement déclarée. Les insurgés se déplacent dans un premier temps à TARAVAO, puis, ils se rendent successivement à MAHAENA, dans les vallées de PAPENOO et FAUTAUA, avant de s’arrêter à PUNAAUIA.

« Le 12 avril 1846, le commandant Bruat débarque un corps expéditionnaire à Taapuna. Ils sont repoussés par plus de six cent guerriers tahitiens. L’amiral Hamelin à la tête de 800 hommes et marins renforcés de 216 tahitiens alliés investissent alors Punaauia.  Protégés par les troupes occupant les rivages, un nouveau débarquement présumé à la pointe des pêcheurs est effectué les 27 et 28 mai 1846 [2]».  Les insurgés tahitiens se réfugient dans la vallée de PUNARU’U. Leur campement, du nom de « HERERIIAU [3]», est rapidement localisé par les éclaireurs tahitiens des troupes françaises. Le 30 mai, les combats éclatent.

 

L’édification des fortifications

Dès 1846, les troupes du génie français, constituées « de maçons, de tailleurs de pierres, de mineurs carriers, de briquetiers, de charpentiers, de charrons débarqués de l’Uranie et amenés en 1843 par Bruat en 1843, assisté du capitaine Raimbault, chef du service du génie en Océanie, pour la construction des grands ouvrages du protectorat [4]», construisent quatre fortifications : la Tour Noire ou « PA FARANI » (le Blockhaus), la Tour Bréa, la Tour Perrote, le Fortin « PARE ITI ».

La Tour Noire ou « PA FARANI » (Blockhaus)

Autrefois érigée à la pointe de NU’UROA, sur la terre ARI’ITIA, à partir des pierres de l’ancien Marae TAPUTAPUATEA de PUNAAUIA, elle fut le plus grand édifice des quatre fortifications. « Elle sera détruite en 1959 [5]».

La Tour Perrote

Arborant le nom de l’élève 1ère classe Perrote, qui perdit la vie lors de la guerre franco-tahitienne, elle fut construite en 1846. « Située sur un éperon rocheux qui surplombe la rivière et le pont de PUNARU’U, la Tour Perrote est constituée de moellons basaltiques bruts ou ébauchés, liés avec de la chaux corallienne. Ses dimensions sont de 3,5 mètres sur 4,80 mètres pour une superficie de 16M2. L’édifice fait 4,35 mètres de haut. Les murs épais sont recouverts d’un enduit et d’un badigeon de chaux. L’accès aux créneaux était permis par un pont en bois. L’entrée principale était située à l’étage. Cette entrée est ornée de pierres de seuils taillées dans un tuf basaltique. Quelques pièces métalliques sont incluses dans la maçonnerie. Certains joints de l’assise du pont étaient métalliques. Les différentes façades sont ponctuées de trois rangées de meurtrières [6]». 

La Tour Bréa

Plus grande que la Tour Perrote, et construite en 1846, la Tour Bréa, du nom du commandant Bréa mort durant les affrontements à PUNARU’U, domine la plaine côtière et fait face à la passe. Visible de la route, elle est située en face du centre commercial Tamanu, « Le monument est également constitué de moellons basaltiques bruts ou ébauchés, liés avec de la chaux corallienne. L’ancienne entrée, située à l’étage, est ornée de pierres de seuil taillées dans un tuf basaltique rouge. Les murs épais d’environ 50 cm sont recouverts d’un enduit et d’un badigeon de chaux.  Les différentes façades sont ponctuées de rangées de meurtrières. Pendant la première et la seconde guerre mondiale, la Tour a servi de point d’observation. En 1965, le fort fut transformé en relais pour la station de télévision locale [7]».

Par arrêté du 23 juin 1952 portant classement de monuments et sites des Etablissements français d’Océanie, les trois premiers fortins, Tour Noire, Perotte et Bréa, sont officiellement classés.  Mais en 1958, le fortin le plus imposant qui fut construit à la pointe de NU’UROA est déclassé par arrêté n°524 AAE du 23 décembre 1958.

Le Fortin « PARE ITI »

« Construit pendant la guerre franco-tahitienne, le Fortin « PARE ITI » surplombe le lit de la rivière PUNARU’U. Les dimensions du fortin sont de 3,5 mètres sur 4,80 mètres pour une superficie de 16 M2. L’édifice fait 4, 35 mètres de haut. Le fortin se constitue de moellons basaltiques bruts ou ébauchés, liés entre eux avec de la chaux corallienne. L’accès aux créneaux était permis par un pont supérieur en bois. L’entrée principale était située à l’étage. Cette entrée est ornée de pierres de seuils taillées dans un tuf basaltique rouge ».[8]

En raison de ses dimensions plus modestes, le fortin « PARE ITI » qui fut omis par l’arrêté du 23 juin 1952 fut classé soixante-six ans plus tard au titre des monuments historiques par arrêté n° 424 CM du 15 mars 2018.

« Avec le concours de la Ville de Punaauia, les services territoriaux en charge de la culture et du tourisme, l’association Mémoire polynésienne et la Fondation Tupuna Tumu  ont engagé en juin 2018 des travaux de conservation, de réhabilitation et de mise en valeur [9]» du fortin « PARE ITI ».

 

« Sur le plan de la côte occidentale de Tahiti de Papeete à Punaauia, levé en 1847 par Mr. GAUSSIN, Ingénieur Hydrographe, le Blockhaus (1), la Tour Bréa (2) et la Tour Perrote (3) « figurent sur le plan levé en 1947 par l’ingénieur hydrographe GAUSSIN. La construction entourée d’un cercle (4) pourrait être le Fortin PARE ITI ». [10]

 


Sources:

[1] [5] [10] Service de la culture et du patrimoine (SCP) – [in site].

[2] [6] [7] [8]  [9] SHIGETOMI, Jean-Christophe, président de l'association Mémoire polynésienne, président de la Fondation Tupuna Tumu. Conservation et mise en valeur d’un fortin à PUNARU’U, PUNAAUIA, 2018.

[3] Service de la Culture et du Patrimoine. Le fortin de Punaru’u. Propos recueillis par Tutana PETERS en 1998 auprès de Teura Raurii MAIHOPE dite Mama RA’A, née le 23 juillet 1904 à PUNAAUIA sur la terre VAIATA, fille de Paia MAIHOPE.

[4] TETUANUI NATUA, Aurora. TE MARAE RAHI I ATAHUHU. Illustration de CUMMING Constance. Editions Haere Po no Tahiti, 1992. Société des Etudes Océaniennes, B4-16-63.

 


Patrimoine en partage à PUNAAUIA avec la collaboration du Musée de Tahiti et des Îles, du Service du Patrimoine Archivistique et Audiovisuel, de la Société des Etudes Océaniennes, de l'Université de la Polynésie française, de l'Association Tahiti Héritage, du Service de la Culture et du Patrimoine, des associations et des Matahiapo de la commune de PUNAAUIA.

 


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