L'Orange de la Punaru'u, l'emblème de Punaauia

La Fête de l’Orange, un évènement annuel incontournable

A Punaauia, la Fête de l’Orange est célébrée tous les ans, au mois de juin, le samedi qui clôture la semaine d’ouverture de la saison des oranges. Tous les porteurs sont présents à cet évènement phare de la Commune, prêts à défiler devant un public toujours plus nombreux. Ce sont eux qui ouvrent le défilé, suivi des associations de la Commune, des confessions religieuses et des services de la Commune. C’est à l’issue du défilé que les « meilleurs porteurs » sont récompensés. Les animations se poursuivent durant tout le week-end, avec des spectacles de danses, le « Upa Anani » (concours de chants et danses), le Raid « Anani » (courses de 10km et 18km sur les hauteurs de la Commune), « Anani Voice » (concours de chants).    

L’histoire de l’orange de Punaru’u

Toute l’histoire de la cueillette des oranges a commencé avec l’arrivée des premiers plants d’oranger qui auraient été importés par le Capitaine Cook en 1767. Les polynésiens craquèrent pour ce fruit juteux, à tel point que les plantations permirent de développer un véritable commerce, dès le XIXè siècle, avec l’exportation des agrumes vers la Californie. Mais, attaqués par le virus de la Tristeza, dès la fin des années 1800, les plants d’oranger des plaines et des vallées disparurent totalement de l’île de Tahiti. Ne survécurent à cette maladie que quelques arbres poussant dans des zones difficiles d’accès, comme sur les plateaux situés au-dessus de la vallée de la Punaru’u, qui porte le nom de la rivière qui la traverse. Aujourd’hui, les porteurs d’oranges constatent que les orangers sont de plus en plus faibles, et qu’il faut aller toujours plus profond dans le cirque pour trouver des arbres gorgés d’agrumes.

Les plateaux de Tamanu, sites protégés

Pour préserver ces orangers, l’accès aux plateaux de Tamanu est réglementé par l’Association de la Protection de la Vallée de la Punaru’u. Lors de la cueillette des oranges, seuls les cueilleurs inscrits auprès de cette association peuvent « faire la saison des oranges ». Chaque année, la date officielle d’ouverture de la saison des oranges est fixée par les membres de l’association, généralement dans la seconde moitié du mois de juin. Avant ce jour « J », personne n’a accès au plateau pour y cueillir les oranges.

Le site est difficile d’accès et demande une bonne condition physique, car il est situé à plusieurs heures de marche au-dessus de la vallée de la Punaru’u. Il n’est pas habité, sauf aux mois de juin, juillet et août de chaque année. Des hommes et des femmes montent à cette saison pour y cueillir les oranges juteuses et sucrées dont la réputation dans l’île n’est plus à faire. Après des mois absolus de solitude,  -car en saison des pluies, les crues de la rivière de la Punaru’u interdisent souvent l’accès aux plateaux, le cirque et ses sentiers de terre résonnent du bruit sourd des porteurs d’oranges, de leurs souffles courts, et de leurs rires aussi. Les envoûtants paysages, orchestrés par les quatre sommets mythiques de Tahiti (les monts Marau, Aorai, Orohena et la crête du Diadème), deviennent le théâtre d’une tradition vieille de plusieurs générations : la cueillette des oranges. Depuis des dizaines d’années, des tonnes d’agrumes sont ainsi descendues à dos d’hommes du cœur de Tahiti.

Le refuge Anani (qui signifie « orange »)

Le point stratégique du plateau des orangers est le refuge Anani, situé à 300 mètres d’altitude. Trois heures de marche sont nécessaires, à partir du fond de la vallée de la Punaru’u, pour atteindre le refuge, installé après le plateau Tamanu. C’est à cet endroit que se retrouvent, tous les ans, à la même saison, les porteurs d’oranges. Un véritable village avec une vie communautaire s’organisent alors. C’est du refuge que les pistes qui mènent aux derniers pieds d’orangers démarrent. Certains porteurs marchent parfois plus de 8 heures pour aller au pied de leur arbre, où ils bivouaquent avant de revenir chargés de fruits, au refuge, puis dans la vallée de la Punaru’u.

Des tonnes d’oranges descendues à dos d’hommes

Ce ne sont pas quelques kilos, mais 4 à 6 tonnes d’oranges qui sont, chaque année, descendues à dos d’hommes des plateaux du pays des orangers, soit dans des sacs à dos, soit dans des sacs de jutes fermement attachés de part et d’autres, d’un morceau de bambou. Les deux charges d’oranges sont alors soigneusement équilibrées, il en va de la sécurité et de la vie du porteur … A chaque pas, la chute est possible. Un faux mouvement, et c’est le claquage ou la déchirure musculaire. Au fur et à mesure de l’avancée, les épaules se raidissent, les têtes se baissent, la sueur perle par tous les pores de la peau rouge de douleur, rouge du poids des agrumes. En moyenne, chaque porteur descend entre 20 et 40 kilos d’oranges. Mais, certains arrivent à porter 80 kilos d’agrumes  … La marche est délicate et dangereuse. Le regard fixé au sol, les porteurs ne quittent pas des yeux leurs pieds et ce sentier de terre où des marches ont été taillées à coup de de barres à mine pour faciliter la descente. Sous leurs sandales en plastique, les petits graviers roulent … et dégringolent plusieurs centaines de mètres plus bas. Un faux pas, c’est l’accident qui peut être mortel, surtout dans la dernière ligne droite et vertigineuse, la falaise Tamanu, où certains passages sont sécurisés par des cordes.

La bosse de l’orange

Les porteurs qui préfèrent descendre les oranges sur le large morceau de bambou qu’ils auront soigneusement préparé se reconnaissent à la bosse qui a fini par pousser à la base de leur nuque, exubérance inesthétique pour le commun des mortels, mais qui fait la fierté des cueilleurs d’oranges. On l’appelle « la bosse de l’orange », car elle naît avec les années et ne disparaît jamais. Elle pousse sous la douleur, inhumaine selon les dires des cueilleurs … C’est à force de balancer leur charge de plusieurs dizaines de kilos d’une épaule à l’autre, en faisant rouler le bambou sur le bas de la nuque, que naît cette bosse, une boule graisseuse que le corps fabrique pour protéger les cervicales.

On finit par la trouver belle. Qui a la bosse derrière sa tête n’est pas n’importe qui !

Des fruits gorgés de soleil

Tous les habitants de Tahiti attendent, chaque année, les oranges du plateau. A leur retour en plaine, les porteurs vendent les agrumes sur le bord des routes de la côte Ouest de l’île, dans des filets tressés, qui contiennent de 17 à 18 oranges chacun et qui pèsent de 4 à 5 kilos. Réputées pour leur bouquet de parfums, leurs jus et leur goût sucré, ces oranges sauvages sont garanties sans pesticide.

 

*Source : Extrait du Livre « Les porteurs d’oranges »