Considéré comme l’un des plus grands arbres de son espèce, l’immense « Tumu ’Ōrā » (Banian ou Ficus prolixa) de PUNAAUIA, appelé aussi autrefois « AOA-AA-RAU » (« AOA », aux racines multiples), se dresse au PK13, à hauteur de la route des plaines.

Le « Tumu ’Ōrā » : un arbre sacré

 Dans les temps anciens, la présence de cet arbre évoquait un lieu « TAPU » (tabu). Son « ombre était sacrée et seuls quelques élus étaient autorisés à s’installer sous son couvert. Dans certains cas, des sépultures pouvaient se trouver au pied de l’arbre. D’après les témoignages des anciens, l’âme des défunts transitait par les racines adventives du banian. S’appuyant sur le voyage de Bougainville à Tahiti, le Ficus prolixa était aussi planté devant les maisons royales. L’arbre était alors considéré comme la « salle à manger des rois »[1].

Selon Teraitua Fortuné TEISSIER [2], « le ’Ōrā signifiait autrefois aux populations des différentes chefferies les limites entre « districts » sur l’île de Tahiti »[3]

En témoigne le récit de Bligh en 1789:

 « Passant devant un tronc d’arbre rudement entaillé, on me fit encore ôter mon chapeau et tous les habitants se découvrirent les épaules. Je fus ensuite informé que ce n’était autre chose que les limites des terres du roi sur lesquelles tout homme qui y met les pieds se découvre avec respect. »

 

Le « Tumu ’Ōrā » : légende

« Après avoir exploré la terre, Hina ne perdit pas le goût des explorations. Aussi, un soir que la lune était pleine et bien visible, elle prit sa pirogue pour aller lui faire une visite. Une fois arrivée, la lune lui plut tellement, qu’elle abandonna sa pirogue à la merci des flots : les ombres de la lune étaient, selon la croyance, un ’ōrā dont les nombreuses branches fournissaient à Hina de l’écorce dont elle faisait du tapa pour les Dieux […] On l’appelait Hina-tutu-ha’a, Hina la batteuse de tapa et sur terre, elle était l’inspiratrice des batteurs de tapa sacré qui s’efforçaient d’égaler son talent artistique. Un jour que Hina était dans le banyan elle brisa, avec son pied, une branche, qui tomba dans l’espace et finit par atterrir à ’Opoa, Ra’iātea ou elle prit racine ; ce fut le premier arbre de cette espèce dans le monde […] ». Extrait de légende transmise en 1824 par Tamera, un prêtre, et en 1886 par Tupaia de Motu Tapu.[4

 

Le « Tumu ’Ōrā » : utilisations traditionnelles

Autrefois, les Polynésiens utilisaient l’écorce du « Tumu ’Ōrā » pour confectionner des vêtements ou des couvre-lits. Pour ce faire, ils écrasaient puis battaient l’écorce jusqu’à l’obtention d’un tissu végétal appelé « Tapa ». Il servait également d’enveloppe pour « les grandes idoles du marae et tout spécialement celles du dieu ORO [5] », ou de linceul.

Pourvu de longues racines aériennes, il regorge d’utilités traditionnelles telles que la confection de couronnes ou de cordages. Sa sève, blanche et laiteuse, était quant à elle destinée à un usage médicinal, tout comme ses feuilles et son écorce.

 

Jadis considéré comme un marqueur culturel et social, il demeure sacré aux yeux des défenseurs du patrimoine historique et naturel de la commune PUNAAUIA. En effet, ces derniers, s’étant lourdement opposés à son abattage lors du tracé de la nouvelle route des plaines et de sa réalisation, ont permis le sauvetage de ce bel arbre, témoin du passé de notre commune.


Sources:

[1] LARRUE Sébastien. Du sens de l’arbre dans le paysage en Polynésie française. Géographie et cultures, 2008. revues.org, 2012[In site].

[2] Teraitua Fortuné TEISSIER : ancien employé au Musée de Tahiti et des Îles, et gardien des traditions polynésiennes sur Tahiti aujourd’hui disparu.

[3] LARRUE Sébastien. Du sens de l’arbre dans le paysage en Polynésie française. Géographie et cultures, 2008. revues.org, 2012[In site].

[4] Tahiti Heritage. [In site]

[5] Musée de Tahiti et des îles. ’Ōrā Banian Polynesian banyan, Ficus prolixa, MORACEES. Parcours Ethno-Botanique. [In site].

Illustrations:

ILL.1: Tumu ’Ōrā de PUNAUIA © Droits Réservés (DR)

ILL.2: Tumu ’Ōrā de PUNAUIA © Droits Réservés (DR)

ILL.3: Racines du Tumu ’Ōrā. Source : Tahiti Heritage [In Site].

ILL.4: Couronne réalisée avec les racines du Tumu ’Ōrā . Source: Tahiti Heritage [In Site].

 


Patrimoine en partage à PUNAAUIA avec la collaboration du Musée de Tahiti et des Îles, du Service du Patrimoine Archivistique et Audiovisuel, de la Société des Etudes Océaniennes, de l'Université de la Polynésie française, de l'Association Tahiti Héritage, du Service de la Culture et du Patrimoine, des associations et des Matahiapo de la commune de PUNAAUIA.


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