La fete de l'Orange

 L’appel de Puna

Chaque année, des centaines de Polynésiens gravissent les plateaux et les montagnes de l’archipel pour la cueillette des oranges. Ils honorent ainsi Puna, le fameux guerrier qui donna son nom à la ville de Punaauia.

 

 

Montée vers les oranges 

L’orange est un fruit très apprécié des Polynésiens. Au mois de juin, dès l’aube du jour choisi par les plus expérimentés, des dizaines de groupes de cueilleurs, jeunes comme adultes, entament l’ascension du plateau de Tamanu qui regorge d’oranges. Après plusieurs heures d’efforts, les marcheurs atteignent le refuge situé à mi-parcours du site. 

C’est là que les jeunes hommes ont la responsabilité de défricher les pistes à suivre le lendemain, tandis que les anciens assurent les repas et, surtout, élaborent la stratégie afin d’éviter les pièges de la montée. Car au petit matin, les obstacles seront nombreux. Il faudra traverser les rivières, contourner les ravines, suivre des pistes à peine balisées. Alors, les anciens donnent généreusement leurs conseils aux plus jeunes, partagent leurs techniques de descente et racontent les exploits des cueilleurs les plus audacieux.

 

Le guerrier Puna 

Avant le lever du soleil, les cueilleurs se regroupent sur le sentier de départ et disent des prières communes. Puis certains démarrent la montée en famille, à leur rythme, tandis que les plus expérimentés ne ménagent pas leurs efforts, pressés d’atteindre le but sacré, en honneur au guerrier Puna. 

Selon la mythologie polynésienne, Puna est un guerrier de sang royal rendu célèbre grâce à ses combats dans la presqu’île de Tahiti et par son idylle avec une princesse vivant parmi les oranges à la couleur rouge. C’est ainsi que la légende du guerrier Puna s’est imprimée sur les flancs des montagnes de la côte ouest, sur le bord de mer, les plateaux, les vallées et les rivières. Ancrée dans l’imaginaire de tous les Polynésiens, cette légende a donnée naissance au rite de la cueillette des oranges.

 

Polynésiens des plateaux 

Ce sont les Espagnols qui introduisent des graines d’oranger sur l’archipel au XVIème siècle. L’arbre fruitier rencontre des conditions idéales à son développement. On trouve alors l’orange polynésienne si bonne qu’on l’exporte massivement vers les autres continents, notamment l’Amérique. Parallèlement, la cueillette des oranges par les Polynésiens se développe au point de devenir une tradition.

 

Cette coutume a pourtant bien failli disparaître. A partir du XVIIIème siècle, alors que les Polynésiens vivent dans les vallées et les plateaux, les missionnaires occidentaux les regroupent sur les côtes, les coupant de leur habitat afin de mieux les contrôler. Les rites chrétiens remplacent progressivement la tradition des anciens. 

Ce n’est qu’à partir des années 1930 que quelques Polynésiens retrouvent le chemin des plateaux de Tamanu et de Ratae, à la recherche des oranges. En 1955, l’association agricole se donne pour mission la protection du centre de l’île et la relance de la cueillette artisanale. Comme s’il n’avait jamais été oublié, le rite de la cueillette renaît avec succès et permet aux Polynésiens de renouer avec l’environnement de vie des anciens. Désormais, la cueillette sensibilise aussi les plus jeunes au rôle capital de la forêt dans la protection de la nature.

 

Décrocher les oranges 

Pour attraper les oranges, il ne suffit pas de se baisser et de les ramasser. Il faut tenter de les décrocher avec un grand bâton de bois ou, pour les plus agiles, de monter en haut de l’arbre pour les cueillir sur les branches. Si elle travaille bien, une personne peut récolter jusqu’à 80 kg d’orange. 

Mais le plus difficile reste à faire. Il faut redescendre avec le trésor réparti sur les deux côtés d’un gros tube de bambou porté sur le haut du dos. La descente peut durer six heures et constitue une épreuve initiatique pour les plus jeunes. Elle incarne la passerelle entre un passé oublié que l’on réinvente et le présent.

 

Au pied de la montagne, sur les routes, ceux qui le désirent vendront les oranges. Dans les bonnes années, ils peuvent en tirer un bénéfice allant jusqu’à 30 000 Franc CFP, soit 150 euros.