Hina & te 'Ōrā
TE ‘ŌRĀ, UN ARBRE SACRÉ

À Puna’auia, se dresse le majestueux ’Ōrā (Banian)[1].
Jadis appelé AOA-AA-RAU en raison de ses multiples racines, il évoquait un lieu tapu[2] où seuls quelques personnes étaient autorisées à s’installer sous son ombrage. Dans certains cas, des sépultures pouvaient se trouver à son pied, l’âme des défunts transitait alors par ses racines adventives.
Dans les temps anciens, la présence de cet arbre évoquait un lieu tapu. Son ombre était sacrée et seuls quelques élus étaient autorisés à s’installer sous son couvert. Dans certains cas, des sépultures pouvaient se trouver au pied de l’arbre. D’après les témoignages des anciens, l’âme des défunts transitait par ses racines adventives.
Planté devant les maisons royales, il était considéré comme la salle à manger des rois.
Il indiquait également aux populations des différentes chefferies les limites entre « districts » sur l’île de Tahiti.
UTILISATIONS TRADITIONNELLES DU ‘ŌRĀ
Autrefois, les Polynésiens utilisaient l’écorce du ’Ōrā pour confectionner des vêtements ou des couvre-lits. Pour ce faire, ils écrasaient puis battaient l’écorce jusqu’à l’obtention d’un tissu végétal appelé Tapa. Il était aussi utilisé comme enveloppe pour les grandes idoles du marae, en particulier celles du dieu ‘ORO. Ces longues racines aériennes servaient à la confection de couronnes ou de cordages. Sa sève, blanche et laiteuse, était quant à elle destinée à un usage médicinal, tout comme ses feuilles et son écorce.
La tradition rapporte que Hina fut à l’origine du premier banian sur terre.
Un récit transmis en 1824 par Tamera, un prêtre, et en 1886 par Tupaia de Motu Tapu.

HINA & TE ‘ŌRĀ
Il existe à Ra’iātea une péninsule appelée Motu Tapu (Ile sacrée), un lieu où Rū et Hina rangeaient leur pirogue. À chacune de leurs sorties, ils empruntaient la passe appelée Teavaohina (La passe de Hina) pour aller en mer.
LA PLACE DE HINA POUR BATTRE LE TAPA
Non loin de Motu Tapu, au lieudit Tuturaa-haa-a-Hina[3], Hina fabriquait et étendait son tapa, sa précieuse étoffe.
De temps à autre, sur la roche Tehuneuruahina[4], elle préparait du ‘ahu pu’upu’u, du tapa blanc réalisé avec l’écorce de son arbre à pain.
HINA S’INSTALLE SUR LA LUNE
Hina aimait voyager.
Ainsi, après avoir exploré la terre, un soir de pleine lune, elle se rendit en pirogue pour lui rendre visite. À son arrivée, la lune lui plut tellement qu’elle abandonna sa pirogue qui fut engloutie par les flots. Hinaifaauruvaa devint alors Hinaiaatemarama, Hina qui pénétra dans la lune. Sans surprise, elle y demeura à jamais.
Bien que désormais installée sur la lune, elle conserva ses liens avec son frère Rū qu’elle rencontrait au cours de ses voyages sur terre. Elle continua à faire du bien aux hommes et protégeait tous les voyageurs nocturnes, ce qui lui valut le nom de Hinanuitearaara, Grande Hina qui veille.
HINA À L’ORIGINE DU PREMIER BANIAN SUR TERRE
La lune était éclatante. Ses ombres n’étaient autres qu’un tumu ‘ōrā, dont les nombreuses branches fournissaient à Hina de l’écorce dont elle faisait du tapa pour les Dieux. On l’appela alors Hinatutuha’a, Hina la batteuse de tapa. Admirée de tous sur terre, elle inspirait les batteurs de tapa sacré qui s’efforçaient d’égaler son talent artistique.
Un jour, alors qu’elle fut tranquillement installée dans son banian, elle brisa, avec son pied, une branche, qui tomba dans l’espace puis arriva à Ōpo’a, Ra’iātea où elle prit racine. Ce fut là le premier arbre de cette espèce dans le monde.
LA PROLIFÉRATION DES BANIANS SUR TERRE
Hina avait pour compagnon un ’ū’upa[5] qui se nourrissait des petites figues de l’arbre.
Un jour, alors qu’il se rendait sur terre pour y répandre ses graines, il rencontra un ‘ōtaha[6] qui voulut se saisir des figues et ainsi s’approprier les mérites de les avoir apportées sur terre. Grâce à la protection de Hina, les plans du ‘ōtaha furent réduits à néant, et le ’ū’upa réussit à éparpiller les fruits qui donnèrent naissance aux premiers banians en Polynésie.
Lorsque les hommes découvrirent ces majestueux arbres, trouvant l’écorce propice à la fabrication du tapa, ils répandirent les Tumu ’Ōrā un peu partout qui devinrent sacrés.


Pāta’uta’u nō te Tapa
Fa’aara i te i’e
Ia ō mai te pūai Hi
Fa’aara i te i’e
Ia ō mai te mana Ha
‘A ara tutua
‘A ora Hi
‘A ara tutua
‘A ora Ha
‘A ara e te tapa
‘A ora Hi
‘A ara e te tapa
‘A ora Ha
[1] Visible au kilométrage 13, ou encore dans le jardin de l’Hôtel de Ville
[2] Sacré, interdit
[3] Tuturaa-haa-a-Hina : Place de Hina pour battre le tapa.
[4] Tehuneuruahina (Le cœur du fruit de l’arbre à pain de Hina), une roche ayant la forme du cœur du fruit de l’arbre à pain et sur lequel Hina fabriquait le tapa blanc.
[5] ’ Ū’upa : Pigeon vert. Ptilinopus purpuratus purpuratus, illustration © SOP Manu.
[6] ‘Ōtaha : Frégate.
Sources : Sébastien LARRUE. Du sens de l’arbre dans le paysage en Polynésie française. Géographie et cultures, 2008. revues.org, 2012 Teraitua Fortuné TEISSIER : ancien employé au Musée de Tahiti et des Îles et gardien des traditions polynésiennes sur Tahiti aujourd’hui disparu. Illustration ’Ōrā, banian © Droits réservés Illustration Hina- Goddess of the moon / Confrontation – Ku he alo a he alo © Robert Andia Tapa, Tahiti, 18ème siècle © Musée Ethnologique de Berlin ’ Ū’upa : Pigeon vert © SOP Manu |