Hiti le pêcheur et te tūpāpa'u

Les soirs où la lune est rouge et éclabousse de sang les nuages qui l’auréole, les anciens du district de Punaauia aiment raconter l’étrange histoire de Hiti un courageux pêcheur qui se battit contre un fantôme.
TE TŪPĀPA’U
En ce temps-là, par les nuits sans lune, un fantôme errait sur la route et le rivage de Punaauia. Gigantesque et pourvu d’une force implacable, il était vêtu de l’habit ancestral et coutumier fait de tapa blanc.
Bien que le district lui offrait de nombreuses cachettes, sa préférée était située près d’un pont en pierres. Malheur à ceux qui rentraient chez eux à la tombée de la nuit, ils étaient victimes des mauvais agissements du terrible tūpāpa’u. Lorsque leurs familles, inquiètes de leur absence, partaient à leur recherche, elles les retrouvaient errant, par-ci, par-là, les yeux révulsés par la folie.
Les habitants avaient si peur de lui, qu’au coucher du soleil, ils s’enfermaient dans leur fare jusqu’au lever du jour.
HITI, LE PÊCHEUR QUI NE CRAIGNAIT PAS LE TŪPĀPA’U
Tous craignaient le tūpāpa’u à l’exception de Hiti.
Ce valeureux pêcheur, malgré les implorations incessantes des siens, passait toutes ses nuits à pêcher sur le récif.
Il n’en avait que faire de ce fantôme !
Un soir, comme à son habitude, Hiti pêchait sur le récif. Alors qu’aucun volatile ne survolait la zone, il entendit, trois fois de suite, le sifflement d’un oiseau. Ceci présageant un malheur à venir, il regagna le rivage en toute hâte.
Arrivé sur la plage, au loin, dans la direction de son fare, il aperçut toute sa famille réunie près d’un brasier. Au milieu de la nuit, elle fut surprise par d’étranges bruissements et des bruits de pas : c’était le tūpāpa’u. Sachant qu’il craignait la lumière et les flammes, elle alluma un grand feu pour alerter le pêcheur. Hiti, inquiet, s’en fut à toutes jambes retrouver les siens.
LA CHASSE AU FANTÔME
Soulagé de retrouver son foyer sain et sauf, Hiti décida que ce tūpāpa’u devait être châtié une bonne fois pour toute. Attrapant une torche enflammée, il le pourchassa en l’insultant de vive voix.
Se tenant fièrement prêt de sa cachette, voyant le pêcheur s’approcher, flambeau à la main, tūpāpa’u prit la fuite. Mais Hiti n’en démordit point. Il poursuivit sa folle course, traversant les vallées, les rivières et les montagnes de Punaauia.
LE TŪPĀPA’U VAINCU
Après une longue cavale, le fantôme disparu subitement près d’un tas de pierres qui semblait être les ruines d’un ancien marae. Hiti fouilla la clairière mais en vain.
Épuisé et découragé, le vaillant pêcheur s’assit, quand, soudain, le sol se mit à trembler. Se levant en sursaut, il retira, une à une, les lourdes pierres sur lesquelles il était assis et découvrit une tombe.
Il creusa si profondément qu’il trouva un squelette intact, le crâne couvert de cheveux et les orbites vides brillant dans la nuit noire.
C’était là les restes d’un abominable chef dont le fantôme effrayait tout Punaauia.
Saisissant une lourde roche, Hiti écrasa rageusement tous les os. Il les réduisit en poussière avant de les brûler et d’enterrer les fines cendres dans un profond trou.
S’en était enfin fini pour ce mauvais esprit à jamais prisonnier de la terre.
PUNAAUIA RETROUVE SA TRANQUILLITÉ
Les nuits et les jours passèrent sans épouvante. Le tūpāpa’u enseveli pour toujours, plus aucune terreur ne régnait sur le district.
Un matin à l’aube, le corps sans vie de l’héroïque pêcheur fut retrouvé sur la plage. Son corps meurtri témoignait de l’agonie qu’il avait subie. Poignardé, il périt sous les coups d’une arme destinée au sacrifice humain.
On pleura sa mort et on célébra aussi la disparition du tūpāpa’u.
Depuis ce jour, les habitants de Punaauia retrouvèrent la tranquillité et la paix.
Sources : Hiti, un courageux pêcheur qui s’est battu contre un fantôme. Légende de Punaauia, inv. 3419 © Direction de la Culture et du Patrimoine. |