Le guerrier Tāfai à Tāta'a

Fils de la déesse Hina Tahutahu et de Hema, Tāfai, dont la beauté fut façonnée par les Dieux, était un grand guerrier et un navigateur hors pair. Demi-dieu de haute stature ayant hérité des pouvoirs surnaturels de sa mère, Toaupo’otū (chef des guerriers) de Tahiti, il épousa la belle Hina, une cheffesse du nord de l’île de Tahiti.
TĀFAI LE GRAND VOYAGEUR ET PÊCHEUR D’ÎLES
À bord de sa pirogue double Ānuanua, accompagné d’un prêtre et de vaillants navigateurs, Tāfai sillonna le grand Pacifique.
Après son premier exploit qui fut celui de libérer son île Tahiti en coupant les tendons du poisson la reliant à Ra’iātea[1], Tāfai décida de faire émerger de nouvelles terres du fond de la mer.
Ainsi, il commença par stabiliser Mo’orea et Mai’ao, puis fixa Tetiaroa et Mehetia.
Continuant sa traversée de l’océan, il fit surgir des eaux l’archipel des Tuamotu et des Gambier avant de soulever les îles Hawaii.
Lorsqu’il épousa Hina, il lui fit découvrir les îles du grand océan.
LE DÉPART DE HINA VERS RŌHUTU NO’ANO’A
Un jour, Tāfai partit seul. La mère de Hina était malade et cette dernière décida de rester à terre pour veiller sur elle. De retour de son long voyage, il eut la douleur de trouver son épouse morte. Elle venait de mourir et son corps, encore chaud, était étendu sur un autel du marae ancestral gardé par les prêtres et la famille. Désespéré, il s’en prit aux Dieux avant de demandé au tahua où s’était rendu l’âme de Hina. « Elle a quitté les lieux sacrés et se trouve à la Pointe Tāta’a avec d’autres esprits » lui répondit-il.
À LA POURSUITE DE L’ÂME DE HINA À TĀTA’A
Sans perdre de temps, Tāfai attrappa sa pagaie et s’élança sur les eaux du lagon en direction du promontoire sacré de ‘Ōutumaoro. À son arrivée à la Pointe Tāta’a, il apprit que l’âme de Hina était partie, peu de temps avant, pour le mont Rotui à Mo’orea. Il se précipita vers le mont Rotui, mais, il était déjà trop tard car l’âme de son épouse avait pris son envol pour le mont Temehani à Ra’iātea, dernière destination des esprits, mais surtout, dernier lieu d’où ils pouvaient l’atteindre dans ce monde.
TĀFAI À RA’IĀTEA
Déterminé à retrouver Hina, le guerrier s’empressa de se rendre à Ra’iātea.
Après avoir gravit le mont Temehani, il arriva au lieu d’où partaient deux sentiers, l’un vers la falaise de droite appelée « Pierre de vie » d’où les esprits montaient à Rōhutu no’ano’a, l’autre vers le cratère béant de Temehani qui menait au Pō.
Là, se tenait le Dieu Tūtahoro’a, le gardien des sentiers, qui lui confirma que Hina n’avait pas encore franchi ce lieu. Il lui conseilla alors de se cacher dans les buissons et de se préparer à l’attraper au vol.
L’ÂME DE HINA RATTRAPÉE PAR SON BIEN-AIMÉ
Alors que Tāfai restait caché dans la broussaille, Tūtahoro’a lui fit signe de se tenir prêt.
Il aperçut alors la silhouette de sa femme. Sans attendre, il s’avança sur le bord du rocher et fit un bond prodigieux dans l’air puis attrappa Hina par les cheveux qui se débattit.
Lorsque Tūtahoro’a lui dit que son heure pour quitter ce monde n’était pas encore arrivé, elle décida de rentrer avec Tāfai.
Hina réintégra son corps qui était encore en parfait état, et vécut heureuse des années durant auprès de son bien-aimé et de leur fils Vāhi’ēroa.
[1] Légende « Le départ du poisson » (Terehe)
Sources : DORA, Martine ; ARTUR, Isa. Tahiti des dieux et des héros. Mythes et légendes des Iles de la Société et des Tuamotu. Editions URA, 2012, 143 p. HENRY, Teuira (1847-1915). Tahiti aux temps anciens traduit de l’anglais Ancient Tahiti par Bertrand Jaunez. Paris : Musée de l’Homme, 1951 – Collection Publications de la Société des Océanistes, 723 Illustration : “En route vers mon île” © Gisèle Ledoux |