Nā manu 'ura nō te 'oropā'a

Selon la tradition orale, Nā Manu ‘Ura Nō Te ‘Oropā’a (les oiseaux rouges de ‘Oropā’a) est né de l’aventure de trois ‘Ura, trois oiseaux sacrés originaires de la vallée de Papeno’o qui s’installèrent à Punaauia.

DES ‘URA COMME ENFANTS

Jadis, dans la vallée de Papeno’o, une femme donna naissance à trois œufs desquels naquirent trois magnifiques ‘Ura.

Insatisfait car il souhaitait avoir un enfant, le mari manifesta sa grande colère.

Il était hors de question pour lui d’avoir pour enfant des oiseaux.

LA FUITE DES ‘URA

Face au mécontentement du mari, les oiseaux, rejetés et ne pouvant se résoudre à vivre à ses côtés, décidèrent de s’en aller.

En quête d’un lieu paisible où ils pourraient vivre tranquillement, les trois magnifiques ‘Ura se rendirent à Punaauia où ils trouvèrent refuge et calme. Alors que deux d’entre eux s’y installèrent définitivement, le troisième, quant à lui, partit vers Bora Bora.

TAUTU PART À LA CONQUÊTE DES ÎLES-SOUS-LE-VENT

Après quelques volées, le troisième ‘Ura arriva à Bora Bora. S’arrêtant sur le mont TE ARA I PAIA, il élut domicile sur cette grande terre, territoire du roi Tautu.

Épaté par la beauté du ‘Ura, et n’ayant jamais vu d’oiseau d’une telle magnificence sur son île, Tautu adopta le ’Ura et le choya avec amour.

L’ENGAGEMENT DES DEUX ROIS

Après avoir discuté de leur avenir, les deux rois prirent l’engagement suivant qui allait sceller leurs familles à tout jamais : « si du mariage du roi de Ra’iātea sortait un fils et de celui de Tautu une fille, ou vice versa, les deux enfants seraient fiancés dès leur naissance ».

Peu de temps après, le roi de Ra’iātea eut une fille, Roura, puis une deuxième, Raurea, et celui de Bora Bora un garçon du nom de Tautu II.

TAUTU II

Élevé à l’abri du soleil, du vent et de la clarté, Tautu II grandit dans sa case où il fut bien nourri et choyé par son père. À sa majorité, le jeune homme fit part à son père de son souhait. Tautu II voulait découvrir le ciel, la lune, les étoiles, le soleil, qu’il n’avait jamais vu, et sentir le vent qui venait de Ra’iātea.

Avec l’autorisation de son père, Tautu II s’en alla à la découverte de son île. Sur la plage mentionnée par son père, il vit le grand « fara » (pandanus) dont son père lui avait parlé. Cet arbre était spécial car, de par sa forme, il indiquait la grandeur de leur royaume.

TAUTU RENCONTRE ROURA ET RAUREA

Un jour, Tautu II s’amusait avec son tītīrāina qui s’éloigna du rivage, le vent ne venant plus de Ra’iātea mais, au contraire allait dans la direction de cette île.

Le jeune homme nagea, encore et encore pour rattraper son tītīrāina qui vint s’échouer à Ra’iātea, sur la plage, située en face de la maison de Roura, sa promise.

Alors qu’elle s’y trouvait avec ses danseuses et sa sœur Raurea qui fut adoptée par son oncle, le frère du roi, cette dernière, sans se douter que le jeune homme était son fiancé, le reçu comme un malpropre et le piétina.

RAUREA POUR ÉPOUSE

Honteuse de l’attitude de sa sœur, Raurea invita Tautu II chez elle où il fut reçu avec bonté par ses parents adoptifs.

De son côté, alors que l’annonce de la mort de Tautu II circulait dans toute l’île, le roi de Ra’iātea conclut à l’annulation de son engagement avec le roi de Bora Bora. Il fit réunir tous les jeunes hommes de l’île afin de choisir le nouveau fiancé de Roura, et ce, selon les conditions de cette dernière : elle ne s’unirait qu’avec un homme de son île.

L’UNION DE RAUREA ET TAUTU II

Déçu de l’accueil que lui avait faite Roura, Tautu II s’était épris de Raurea qui l’aimait aussi.

Il fit appel à son frère, le ‘Ura afin qu’il l’aide dans l’organisation de son union avec Raurea, ce que fit l’oiseau sacré. Tautu II, de son côté, se prépara selon les recommandations du ‘Ura.

Le jour de réunion arriva. Voyant l’accueil réservé à Raurea, Roura fut prise de colère et la chassa. Ne tenant pas compte de la méchanceté de son aînée, Raurea s’installa, tel que l’avait dit le ‘Ura près de sa mère.

Roura passa en revue les jeunes hommes afin de faire son choix. Et comme l’avait annoncé l’oiseau sacré, les éclaires tonnèrent et Tautu, beau comme un dieu, arriva s’installant près de sa bien-aimée Raurea.

Roura ne manqua pas de remarquer le beau jeune qu’elle ne reconnut pas et fit signe à son père que c’était lui qu’elle souhaitait épouser.

Le roi alla lui-même chercher Tautu II et le présenta à sa fille aînée.

Le jeune homme, qui jusqu’alors avait caché son identité, fit rappeler à la future reine comment elle l’avait accueilli, puis se présenta en disant : « je suis Tautu celui qui dès sa naissance te fut fiancé, je suis venu vers toi, au lieu de me recevoir tu m’as maltraité, seule Raurea m’a bien traité ; aujourd’hui je prends Raurea pour femme. »

Ainsi furent scellé la vie de Tautu II et de Raurea avec le ‘Ura comme gardien et protecteur.

NĀ MANU ‘URA NŌ TE’OROPĀ’A

À Punaauia, la vie continuait son cours.

Les deux oiseaux rouges qui s’y étaient installés s’emparèrent également de Pā’ea.

Ceci valu l’appellation de Nā Manu ‘Ura Nō Te’Oropā’a, les deux oiseaux rouges de Te’Oropā’a.

Source :
Société des études océaniennes. Bulletin N°100, Tome VIII (N°1), Septembre 1952, pages 409-420.