Pai le guerrier, Pai du ciel à tāta'a
Il y a fort longtemps, résidait à Ra’iātea, Hiro. Fils de Moeterāuri, ari’i de Bora Bora et de Fa’imano de Taha’a, il était sous la protection du Dieu guerrier du même nom, Hiro, le Dieu malin, le Dieu des voleurs.
Un jour, il décida de voler le Mont Rotui, à Mo’orea.
Mais, à Tahiti, à Puna’auia, le guerrier Paitoanu’u, te Paiara’i dit Pai, fut saisi par ces pères nourriciers. Son intervention laissa alors des traces indélébiles sur ces deux îles voisines.
LA TENTATIVE DE VOL DE HIRO
Par une nuit de nouvelle lune, Hiro, accompagné de son frère, de sa sœur et de sa bande de voleurs, quitta Ra’iātea pour se rendre à ‘Aimeo[1] afin de s’emparer du Mont Rotui.
Grace aux cordes qu’ils avaient réalisées avec de solides lianes de pōhue (liseron), ils encerclèrent le Mont et commencèrent à tirer depuis leur grande pirogue. Rotui commença à bouger formant alors une péninsule.
Il faisait nuit noire, personne n’avait remarqué les voleurs et leur plan semblait voué au succès.
L’EMPREINTE DE PAI À TĀTA’A
Alors que Pai vivait à Puna’auia, ses pères nourriciers l’avertirent des intentions de Hiro et lui dirent : Pai ! Lève-toi ! Hiro fait des siennes ! Dépêche-toi, va sur la Pointe Tāta’a ! Puis, ils rajoutèrent : « A rave na to omore ia Rufautumu overo i ‘Aimeo i te rara varu (Prends ta lance Rufautumu et jette-la sur ‘Aimeo aux huit radiations) ».
Pai se leva aussitôt, revêtit son tīhere (pagne), attrappa sa lance, gravit la colline de Tāta’a afin de disposer de la meilleure vue, et, en quelques immenses enjambées, il se retrouva à la Pointe.
D’un pas sûr, et rassemblant tous ses efforts, il prit appui sur le rocher de la Pointe Tāta’a et jeta sa lance en direction des voleurs.
Pai fit un tel effort qu’une roche de la Pointe Tāta’a fut à jamais marquée de son empreinte.


LA MONTAGNE PERCÉE
Rufautumu, sifflant dans l’air, transperça la montagne Mou’a Tapu de Mo’orea qui devint Mou’a Puta (Montagne percée). Puis, elle continua sa course jusqu’à Ra’iātea où elle fendit une de ses montagnes et alla se ficher dans sa pointe Sud, au sommet de la colline Matapereta.
Quand les voleurs entendirent les coqs chanter, ils crurent que c’était l’aube et ils tirèrent si fort sur le Rotui qu’un morceau de la montagne se brisa et fut projeté jusqu’à Ra’iātea.
LES PIERRES MARCHANTES, ‘ŌFA’ITERE
En tirant sur les lianes de pōhue pour les détacher, Hiro, son frère et sa sœur tombèrent de leur pirogue.
Les Dieux de Mo’orea les punirent en les changeant en pierres volcaniques.
Ainsi, agenouillés au lieudit Ōfa’itere, les deux frères prirent place dans la Baie d’Opunohu. Quant à leur sœur, transformée en une pierre noire, depuis ce jour, elle se dresse près de la passe de la baie d’Opunohu.
[1] Ancienne appellation de l’île de Mo’orea
SOURCES : Martine DORA ; Isa ARTUR. Tahiti des dieux et des héros. Mythes et légendes des Iles de la Société et des Tuamotu. Editions URA, 2012, p143. Robert, Louis STEVENSON. Two Tahitian Legends : Of the Making of Pai’s Spear. London 1891. Longman’s Magazine Vol 19. Alexandre JUSTER. La mythologie tahitienne pour tous [Texte imprimé] : Māui, Hiro, Hina et compagnie. Les Éditions de Moana, 2016, 1 vol. p128. Illustration personnage © Droits réservés Photo La trace du pas de Pai à Tāta’a ©Service de la Culture et du Patrimoine de la Polynésie française |